Alchimia Magazine,
Le magazine en ligne des mystères et de l'étrange L'Alchimie
Deux autres
alchimistes du Moyen Âge
Raymond Lulle et Arnaud de Villeneuve
Nous continuons ici notre
série des grandes figures alchimiques de l’alchimie médiévale avec ces deux
personnages énigmatiques que furent, chacun dans leur genre, Raymond Lulle
et Arnaud de Villeneuve
Raymond Lulle : une énigme
Un tel titre se justifie par
le fait que, d’une part, beaucoup de spécialistes, aujourd’hui, en viennent
à remettre en question son existence et que, de l’autre, il a longtemps été
à l’origine d’une mystification à propos d’une transmutation.
Raymond Lulle
(1235-1313)
Il naquit à Palma de
Majorque. Fils du sénéchal du roi Jacques Ier d’Aragon, il était
destiné à la carrière des armes. Après une jeunesse insouciante
passée pour l’essentiel à courir les jupons (il s’est dit aussi
qu’il rentrait dans une église à cheval), il rompit avec son milieu
et aurait eu, lui aussi, une vision après avoir fait une cour
assidue à une jeune femme atteinte d’un cancer du sein qui aurait
refusé ses avances. Il aurait alors rompu avec son milieu et suivi
une vocation christique : son projet se résuma alors tout
simplement… à convertir les infidèles ! Il commença par acheter un
esclave musulman afin d’apprendre sa langue ; celui-ci, s’apercevant
du but recherché, tenta de le tuer. A peine rétabli, Lulle débarqua
en Afrique et se mit aussitôt à prêcher. Il fut lapidé et ne dut son
salut qu’à des Génois qui le sauvèrent de la populace et
l’emportèrent sur leur bateau, hélas pas pour très longtemps
puisqu’il décéda bientôt en face du port de Palma…
Sa personne est souvent citée
dans les manuels d’histoire alchimique car elle a été longtemps associée à
une transmutation inexpliquée qui tenait plus de la légende que du fait
lui-même. Emprisonné dans la Tour de Londres, il aurait été contraint de
fabriquer de l’or par le roi d’Angleterre Edouard III… La chronologie nous
indique que ce fut matériellement impossible puisque le monarque était né en
1312 avant d’être sacré en 1327, soit quatorze ans après la mort de Lulle.
En outre, certains de ses écrits sont « douteux » et leur paternité est de
plus en plus contestée au profit de Jean de Roquetaillade (encore dénommé
Rupescissa) vivant lui aussi au début du XIVe siècle qui aurait perfectionné
les techniques de refroidissement…
Arnaud de Villeneuve
C’est encore un personnage
fascinant qui va nous retenir ; si le bonhomme fut plus qu’extravagant (ses
prédictions fantaisistes ne lui amenèrent pas que des amis…), cela ne
l’empêcha pas d’être simultanément un grand médecin recherché par tous les
potentats de l’époque, y compris le pape lui-même en dépit de ses propos
blasphématoires.
Arnaud de
Villeneuve (vers 1245-1311)
Sa naissance pose
problème : d’abord le lieu car, si son patronyme fait probablement
référence à la cité de Villeneuve (nom fréquent à l’époque), il
laisse place à d’innombrables suppositions, aussi bien en France que
dans des pays étrangers limitrophes… Quant à la date, c’est pire
encore puisqu’on la situe autour de 1245.
Lui aussi connut une existence de proscrit ; ayant étudié la
médecine à Montpellier, il partit ensuite à Paris d’où il fut chassé
en raison de ses activités nécromanciennes et alchimiques. Se
réfugiant alors à nouveau à Montpellier où il finit par occuper un
poste de professeur à l’université de médecine, puis le grade de
régent, il préféra mettre un peu plus de large en se rendant à
Barcelone où, là, il enseignait l’alchimie vers 1286. Puis il passa
en Italie, visitant les plus célèbres facultés (Bologne, Florence,
Palerme…) avant de revenir à Paris. Mais ses positions hérétiques
ayant déclenché des haines contre lui, il jugea plus prudent de
s’enfuir en Sicile et de se mettre sous la protection de l’empereur
Frédéric II. Cela n’était absolument pas contradictoire avec le fait
qu’il était alors respecté comme un des plus brillants praticiens
spécialisés entre autres dans le domaine rénal (il soignait les
Grands de son temps comme le roi d’Aragon ou les souverains de
Naples). Or le pape Clément V était atteint de la maladie de la
pierre et n’ignorait pas la réputation d’Arnaud de Villeneuve. Il
s’établit alors une sorte de marchandage entre les deux hommes : la
guérison en échange du pardon pour ses propos incendiaires (il
aurait annoncé la fin du monde entre le XIVe et le XVe siècle…).
Arnaud de Villeneuve s’embarqua à destination d’Avignon mais le
vaisseau fit naufrage ; il périt en 1311 et son corps fut enterré à
Gènes.
La renommée d’Arnaud de
Villeneuve (tout au moins dans le domaine de la médecine…) devait être
fondée puisque le même Souverain pontife rédigeait quelques mois plus tard
une encyclique dans laquelle il sollicitait ses ouailles de lui révéler où
était caché le Traité de pratique de la médecine qu’Arnaud aurait rédigé…
Pourtant, il s’avère souvent délicat de faire le tri entre son savoir réel
et les connaissances qu’il colportait : ainsi certains ont prétendu qu’il
serait à l’origine de l’invention des acides minéraux (sulfurique, nitrique
et « muriatique ») et qu’il aurait été un pionnier dans la composition de
l’alcool tandis que ses détracteurs prétendaient qu’il était tout à fait
étranger à la création de ces substances. Des témoignages plus sérieux, en
revanche, ont affirmé qu’il savait obtenir des huiles essentielles et
l’huile de térébenthine ?
Si ses connaissances médicales paraissent donc attestées, il faut mesurer
son jugement pour ce qui est du Grand Œuvre car il faut bien avouer que ses
écrits alchimiques (comme Le chemin du chemin ou Le rosaire des philosophes)
furent parfois entachés d’erreurs flagrantes et que sa prose théologique ne
pouvait que provoquer l’ire des inquisiteurs du moment tant elle était de
nature provocatrice. Quant à ses prédictions, elles ne reposaient sur rien
de bien sérieux !
En conclusion sur ces deux
biographies
Quel que soit l’individu
considéré, rien n’est clair…
Raymond Lulle a-t-il réellement existé ? C’est une bonne question encore
qu’il ne soit pas le seul alchimiste concerné : Basile Valentin (que nous
retrouverons dans le prochain article en compagnie du Trévisan…) est dans le
même cas et, dans des périodes futures, nous verrons bien d’autres exemples…
ou des variantes car les adeptes, pour des raisons de sécurité, avaient
recours à des pseudonymes sous lesquelles se cachaient parfois plusieurs
identités.